Corps

En mathématiques, et plus exactement en algèbre, un corps est une structure algébrique. De manière informelle, un corps est un ensemble dans lequel il est envisageable d'effectuer des additions, des soustractions, des multiplications et des divisions.



Catégories :

Théorie des corps

Définitions :

  • C'est l'impression d'ensemble qu'on a d'un vin. On classe les vins comme ayant peu de corps, un corps moyen ou énormément de corps selon l'épaisseur. (source : terroirs-france)

En mathématiques, et plus exactement en algèbre, un corps est une structure algébrique. De manière informelle, un corps est un ensemble dans lequel il est envisageable d'effectuer des additions, des soustractions, des multiplications et des divisions.

Des exemples élémentaires de corps sont le corps des nombres rationnels (noté \mathbb{Q}), le corps des nombres réels (noté \mathbb{R}), le corps des nombres complexes (noté \mathbb{C}) et le corps \mathbb{F}_p des congruences modulo p où p est un nombre premier. L'exemple le plus simple de corps non commutatif (quelquefois nommés anneau à division, suivant l'anglais) est celui des quaternions.

La théorie des corps est nommée, par certains, théorie de Galois ; cependant, la théorie de Galois sert à désigner généralement une méthode d'étude qui s'applique surtout aux corps commutatifs ainsi qu'aux extensions de corps, qui forment l'exemple historique, mais couvre aussi à bien d'autres domaines, par exemple l'étude des équations différentielles (théorie de Galois différentielle), ou des revêtements. C'est à dire, la théorie de Galois est une branche de la théorie des corps.

Fragments d'histoire

Jusqu'au XIXe siècle, les ensembles de nombres ont paru tellement naturels qu'on ne s'est jamais préoccupé de leur donner un nom, ni même de définir avec précision leur structure [1]. Cependant, avec l'apparition de l'étude des nombres algébriques, il est apparu d'autres ensembles de nombres que les rationnels, les réels et les complexes. Il est devenu indispensable de préciser la structure de corps, puis la notion d'entiers sur ce corps et enfin la notion d'anneau. C'est à l'école allemande qu'on doit le développement de ces notions. C'est Richard Dedekind qui définit pour la première fois la structure de corps (Körper en allemand) [2] et c'est pourquoi un corps quelconque est fréquemment appelé K ou \mathbb{K}. La structure de corps s'insère dans une hiérarchie comprenant le monoïde, le groupe, l'anneau, et donne lieu à la définition de l'espace vectoriel, et de l'algèbre.

Définition et exemple

Un corps est un ensemble K pourvu de deux lois internes notées généralement + et × vérifiant

\forall (a,b,c) \in Kˆ3, \quad a\times (b + c) = a \times b + a \times c \quad \hbox{et}\quad (b+ c)\times a = b\times a + c\times a

On parle alors du corps (K, +, ×)

Les premiers corps étudiés étant des ensembles de nombres (rationnels, réels, complexes, algébriques), la multiplication y était commutative. C'est pourquoi, originellement, dans la définition d'un corps, la multiplication devait être commutative. Aujourd'hui, la tendance est plutôt de ne pas exiger la commutativité de la multiplication[3] ou du moins de préciser la nature des corps étudiés [4]; on nomme alors corps commutatif un corps dont la multiplication est commutative. Les corps non commutatifs sont quelquefois nommés corps gauches ou anneaux à division. Cette terminologie est inspirée de l'anglais où un corps commutatif est nommé field et un corps non obligatoirement commutatif division ring.

Exemples de corps

Un sous-corps d'un corps K est une partie non vide L de K, stable par \mathbb + et \times, telle que L pourvue des lois induites soit un corps.

Caractéristique

Article détaillé : Caractéristique d'un anneau.

S'il existe un entier naturel n non nul tel que 1 + 1 + \cdots + 1 (avec n termes) est nul, on nomme caractéristique du corps le plus petit entier positif non nul vérifiant cette propriété. S'il n'existe pas d'entier non nul vérifiant cette propriété, on dit que le corps est de caractéristique nulle (quelquefois aussi grande qu'on veut).

Par exemple le corps \R est de caractéristique nulle tandis que le corps (\mathbb Z/p\mathbb Z) est de caractéristique p. On démontre qu'un corps possède toujours pour caractéristique soit 0 soit un nombre premier.

Corps finis

Article détaillé : Corps fini.

Ce sont les corps dont le nombre d'éléments est fini. L'étude des corps finis est tardive dans l'étude des corps. On démontre qu'un corps fini est toujours commutatif, de cardinal égal à la puissance d'un nombre premier. Il est en fait envisageable de dresser la liste de l'ensemble des corps finis (à isomorphisme près).

Le plus petit corps fini est celui des booléens, dont voici les tables d'addition et de multiplication :

addition
+ 0 1
0 0 1
1 1 0
multiplication
x 0 1
0 0 0
1 0 1

Les corps finis les plus connus sont les corps de congruences modulo un nombre premier comme dans le cas ci-dessus, mais il en existe une illimitété d'autres, comme par exemple ceux-ci, respectivement à quatre et neuf éléments, dont nous donnons ci-dessous les «tables de Pythagore», successivement pour la première loi de composition dite «addition», puis pour la seconde dite «multiplication». Nous désignons dans chaque cas comme a l'élément neutre de la première loi de composition, b celui de la seconde.

Quatre éléments :

addition
+ a b c d
a a b c d
b b a d c
c c d a b
d d c b a
multiplication
x a b c d
a a a a a
b a b c d
c a c d b
d a d b c


Neuf éléments :

addition
+ a b c d e f g h i
a a b c d e f g h i
b b c a e f d h i g
c c a b f d e i g h
d d e f g h i a b c
e e f d h i g b c a
f f d e i g h c a b
g g h i a b c d e f
h h i g b c a e f d
i i g h c a b f d e
multiplication
x a b c d e f g h i
a a a a a a a a a a
b a b c d e f g h i
c a c b g i h d f e
d a d g c f i b e h
e a e i f g b h c d
f a f h i b d e g c
g a g d b h e c i f
h a h f e c g i d b
i a i e h d c f b g

Corps et anneau

La totalité (\mathbb Z, +, \times) n'est pas un corps car la majorité des éléments de \mathbb Zˆ* ne sont pas inversibles : par exemple, il n'existe pas d'entier relatif n tel que 2n = 1 par conséquent 2 n'est pas inversible.

D'une façon plus générale, un ensemble A pourvu de deux lois + et × vérifiant

est un anneau unitaire.

Article détaillé : Anneau (mathématiques) .

Si l'anneau A est intègre, c'est-à-dire si

\forall (a,b) \in Aˆ2, \quad ab=0 \Rightarrow (a=0 \hbox{ ou } b=0),

ou encore, \forall (a,b) \in Aˆ2, \quad (ab=0 \hbox{ et } a\neq0) \Rightarrow b=0

l'anneau est presque un corps car il ne lui manque plus que l'inversibilité pour la multiplication.

On démontre que si l'anneau A est commutatif intègre, on peut le plonger dans son corps des fractions, qui est le plus petit corps contenant l'anneau.
Article détaillé : Corps des fractions.

Exemple : \mathbb Q est le corps des fractions de \mathbb Z

Un anneau intègre (unitaire) est un corps si et uniquement si {0} et A (les idéaux triviaux) sont les seuls idéaux.

Un anneau intègre (unitaire) A est un corps si et uniquement si tout A-module est libre.

Corps et espace vectoriel

Article détaillé : Espace vectoriel.

Partant du corps \R, il est naturel de s'intéresser à \mathbb{R}ˆn, ensemble des n-uplet de réels. On est amené à le pourvur d'une addition et d'une multiplication par un réel. La structure ainsi définie (une addition interne pourvussant la totalité d'une structure de groupe et une multiplication externe possédant des propriétés de distributivité et d'associativité) est nommée espace vectoriel sur \R. Il est alors naturel de définir ce que pourrait être un espace vectoriel sur un corps K quelconque.

Corps et équation algébrique

L'étude des polynômes à cœfficient dans un corps commutatif et la recherche de leurs racines a développé énormément la notion de corps. Si f est un polynôme de degré n sur un corps commutatif K, l'équation f (x) = 0 est une équation algébrique dans K. Si, qui plus est , f est un polynôme irréductible, l'équation est dite irréductible. Quand n ≥ 2, trouver les solutions d'une telle équation demande de se placer dans un corps plus grand que K, une extension de corps.

A titre d'exemple, l'équation x2 − 2 = 0 est irréductible dans \mathbb Q mais possède des racines dans  \mathbb R ou mieux dans \mathbb Q[\sqrt 2]. L'équation x2 + 1 = 0 ne possède pas de solution dans \mathbb R mais en possède dans \mathbb C ou mieux dans \mathbb Q[i].

Un corps de rupture d'un polynôme est , par exemple, un corps minimal contenant K et une racine de f.

Le corps de décomposition de f est le plus petit corps contenant K mais aussi l'ensemble des racines de f.

L'étude des corps de décomposition d'un polynôme et du groupe de permutations de ses racines forme la branche des mathématiques qu'on nomme la théorie de Galois.

Articles détaillés : Extension de corps, Extension algébrique et Théorie de Galois.

Propriétés

Autres champs d'étude

On retrouve la théorie des corps dans l'étude de certaines fonctions comme les fonctions rationnelles ou les fonctions elliptiques

Structures additionnelles

Voir aussi

Notes et références

  1. Bourbaki, (Élément d'histoire des mathématiques p 71-74) place l'émergence du concept de loi de composition et de structure au XIXe siècle chez Gauss puis l'école Allemande
  2. R. Dedekind, Gesammelte mathematische Werke, selon Éléments d'histoire des mathématiques, Nicolas Bourbaki (p 106, ref 79)
  3. Suite à Nicolas Bourbaki (Algèbre, chapitre 1), Lelong-Ferrand et Arnaudiès (Algèbre) et de nombreux auteurs définissent le corps comme pouvant ne pas être commutatif
  4. Deschamps-Warusfel (J'intègre) ou Lang (Algebra) précisent : «Dans la suite, on appellera corps un corps commutatif»

Sources

Recherche sur Amazon (livres) :



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